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Publié : 11 mars 2010

Islam ou islams ? singulier pluriel

Au rayon Histoire

A l’heure où les députés légifèrent sur l’interdiction de la burqa dans les lieux publics, voici quelques remarques extraites de conférences de spécialistes de l’Islam, de ses fondements et du monde musulman contemporain

Islam ou islams ? Singulier pluriel

L’islam rassemble l’Umma, la communauté des croyants musulmans qui symbolise l’unicité de Dieu. Cette communauté aujourd’hui réunit tous les musulmans du monde et fait référence à l’âge d’or où l’Umma était unie autour de Muhammad et des premiers califes.
Mais l’islam rassemble différentes tendances (firqa) qui se ramifient à leur tour. On attribue au Prophète ce propos : »Ma communauté se divisera en 73 branches, une seule sera sauvée, les autres iront en enfer. » ! Alors islam ou islams ? Quelle branche choisir ? Personne ne peut le dire car il n’y a pas d’autorité religieuse centralisatrice.
Islam hier, islams aujourd’hui ? Même pas, car l’idée d’une Umma unie relève du mythe. Dès la période de fondation, il y a eu des dissensions et même des conflits armés. Le prophète fut un chef spirituel qui a institué des pratiques rituelles dont les principales sont les 5 piliers mais il a aussi été un chef politique qui a instauré un Etat grâce au butin sacré du Jihad. A sa mort, sans successeur désigné, les conflits politiques s’ajoutent aux querelles doctrinales. Ce qui aboutit à la séparation entre les Sunnites –ceux qui suivent la Sunna qui s’ajoute au Coran, soit 80-85% des Musulmans aujourd’hui-, les Khârijites, les Chiites –nombreux en Iran aujourd’hui, ils n’acceptent comme successeurs que les descendants d’Ali, gendre du Prophète, les imams.

Imam, ulema ou mollah ? le mot juste.
Pour les Chiites, les onze imams, successeurs d’Ali sont tous morts, violemment, en martyrs. Si bien que le douzième a préféré disparaître pour se protéger et il réapparaîtra pour restaurer la justice sur terre un peu avant la fin du monde. Et le terme même d’imam doit-il disparaître lui aussi ? De toute manière, sans imam, il reste les ulémas, les savants en science religieuse, qui agissent au nom de l’imam et les mollahs, les maîtres, terme qui désigne le clergé chiite. Reste néanmoins le problème de l’« imam »Khomeiny…De fait, ce terme d’imam est toujours utilisé car il veut aussi dire « celui qui est devant », « celui qui mène la prière. ». C’est un titre honorifique Mais demeure encore le mystère du douzième imam caché, des membres du Hezbollah ont dit avoir senti sa présence…

Retour aux sources et millénarisme,un modèle partagé.
La période de formation de l’islam –de la naissance de Muhammad en 570 ap J-C jusqu’aux deux ou troisième générations de compagnons, appelés les suivants ou hommes pieux- est sacralisée, idéalisée car elle est suivie d’une période considérée comme un déclin (ce qui n’est pas prouvé). L’idéal est donc passé et à reproduire ! Ce retour aux sources, cette nécessité de rénovation parcourt l’histoire de l’Islam et les fondamentalistes d’aujourd’hui n’ont presque rien inventé. Par ailleurs les religions monothéistes semblent toutes touchées.
Dès le XVIIIème siècle, Ibn Abd al-Wahhab est à l’origine de l’un de ces mouvements puritains antimodernistes, adopté par la dynastie des Saoud qui règne encore aujourd’hui en Arabie, pays foyer de l’Islam. Le wahhabisme toujours vivant a même été diffusé dans le monde musulman dans les années 70.
Au XIXème siècle, al Afghani, savant persan en contact avec Ernest Renan -qui se consacre alors à l’étude des langues sémitiques et à l’histoire des religions-.défend l’idée d’une réforme radicale de l’islam, d’un retour au modèle des anciens. Il popularise le salafisme –mot venant de « salaf », pieux ancêtres, dont se réclament les mouvements islamistes actuels, tant jihadistes que piétistes.
Aussi rien de très nouveau dans cette quête du retour aux origines et cette attente de la fin du monde !

Reste la burqa en France…
Les femmes qui portent ici la burqa, c’est-à-dire le voile intégral –voile traditionnel des femmes afghanes dont le port a été imposé par le régime taliban (1996-2001)- appartiennent à la mouvance du salafisme (dans sa tendance piétiste et apolitique).Les salafis sont proches du wahhabisme d’Arabie saoudite, ils sont dits ultra-orthodoxes : ils considèrent que l’islam prime sur le domaine politique et donc ne participent pas au débat de la cité. Les chiffres de 2004 donnent 5000 militants (pas plus que ceux de la LCR d’alors)Ils contrôlent entre 20 et 30 des 2000 mosquées existantes. Le mouvement progresse surtout dans les zones d’exclusion, chez les jeunes générations, où souvent la famille est destructurée. Il est un élément du conflit de générations. Environ un tiers des salafis sont de nouveaux convertis à l’Islam.

Christine Richer

(N.b. :par convention, on note « islam » pour évoquer la religion et « Islam » pour parler de la civilisation.)


Bibliographie :

- Le Coran, François Deroche. Coll QSJ 2005

- Histoire de l’islam. Fondements et doctrine., Sabrina Mervin. Paris. Flammarion réed 2010

- Les pays d’Islam, VII-XVème ;Françoise Micheau. La Documentation française. Dossier 8007.février 1999

- Une histoire de la violence au Moyen-Orient de la fin de l’empire ottoman à Al-Qaïda. Paris, La Découverte. 2008

- Qu’est-ce que le salafisme ? Bernard Rougier. Paris, PUF.2008

- Atlas de l’Islam dans le monde. Ed.Autrement.2005